Ils nous racontent... - Yves Bodson (Porteur de projets et représentant EU d'AHLS)

Yves Bodson est ingénieur agronome de formation. Depuis 2012, il collabore avec AHLS Humanitaires (Association Humanitaire de Lutte contre la Souffrance), ONG basée à Dakar (Sénégal), dont il est le représentant pour l’Europe. Cette association a pour objectif principal de contribuer au développement sanitaire, éducatif et socio-économique des populations défavorisées vivant en Afrique. Avec ce partenaire Sénégalais, et un autre partenaire américain, ils ont également créé, en 2016, la Fondation pour un Monde Meilleur, basée en Belgique.

Pouvez-vous nous parler de votre métier et de votre association ?

Mon métier n’est pas directement lié à AHLS, mais reste toujours en filigrane dans nos actions. Derrière nos actions purement humanitaires, il y a la promotion de la santé, qui passe par une agriculture locale saine, autosuffisante, un environnement sain, et tout ce qui peut contribuer à une vie équilibrée et sereine par une maitrise autonome de son milieu de vie.

J’ai toujours eu un lien fort avec la nature et la terre : mes grands-parents paternels et maternels étaient agriculteurs et c’est ainsi que j’ai eu envie de faire des études d’agronomie, spécialisation Eaux et Forêts .

J’ai des liens très forts avec l’Afrique : je suis né au Congo, et depuis les années nonante, j’y ai développé divers projets commerciaux : Togo, Angola, Guinée Bissau, Sénégal . Ces années sur le terrain m’ont permis de développer un réseau , avec des personnes locales avec qui nous avons en commun une éthique, une vision de la vie, et l’envie d’œuvrer pour un monde meilleur. Cette confiance mutuelle est le bien le plus précieux, qui nous permet de développer avec succès des projets humanitaires depuis maintenant une douzaine d’année.

Avec AHLS, nous avons décidé de rester le plus indépendant possible afin de pouvoir venir en aide à ceux qui en ont vraiment besoin, un peu comme chez Hôpital Sans Frontière.

Nous partons des communautés locales, des besoins locaux, et nous valorisons les forces locales : stimuler les forces locales, et connecter les solutions. Cette responsabilisation nous permet (la plupart du temps) d’éviter le piège de « ce que vous donnez gratuitement n’a pas de valeur ». Responsabilisez les gens, et ils prendront leurs responsabilités.

 

Quelles sont les actions de votre ONG ?

Jusqu’à présent, nous œuvrons essentiellement dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest ( Bénin, Mali, Guinée Bissau, Guinée Conakry, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Sénégal…). Nous fournissons une aide humanitaire dans les domaines du médical, de l’eau, avec des activités de forage (plus de cinquante forages réalisés à ce jour), de l’alimentaire (nous avons par exemple distribué des milliers de colis alimentaires durant la période covid) ainsi que des dons de matériel scolaire et de vêtements.

Il y a peu, nous avons fêté notre 120ème container de matériel (dont quasi un quart a été offert par HSF).

Nous nous disons parfois que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan mais nous faisons notre part, un peu à l’image de l’histoire du colibri de Pierre Rabhi. Cela nous remplit de joie de voir que ces actions changent la vie des populations, et c’est notre plus belle récompense.

 

Quel est votre lien avec Hôpital Sans Frontière (HSF) ?

Je suis arrivé chez HSF avec l’aide de la « main divine », d’un heureux hasard, comme on dit. J’ai rencontré une secrétaire d’HSF alors que je me rendais au carnaval de Venise en 2016. Nous étions dans le même avion, voisins de siège (elle allait aussi au carnaval accompagnée de sa famille). Nous avons tous raté notre correspondance et nous sommes retrouvés dans le même hôtel à Barcelone . Cela nous a donné beaucoup de temps pour discuter du Burundi, son pays d’origine , et du fait que nous aidions des centres de santé avec AHLS. Elle m’a parlé d’HSF et, au retour, je suis venu chez HSF, et j’ai eu l’occasion de découvrir le formidable travail de votre association. C’est ainsi qu’a débuté notre collaboration (merci aux retards de Ryanair).

J’éprouve beaucoup de gratitude pour tous ces projets pour lesquels HSF nous a soutenus, et pour toutes les personnes de HSF qui font un travail incroyable. Le lien avec HSF maintenant est quasi familial. Nous avons le même but : améliorer les conditions de vie des populations défavorisées.

 

Avez-vous un exemple de comment la collaboration avec HSF vous a aidé?

Je pourrais parler de beaucoup de projets, particulièrement dans les régions du Mali et du Sénégal. Dans le cas du Sénégal, nous avons mené un projet de grande ampleur en ouvrant des postes de santé dans tout le département de Nioro du Rip. Au total, 7 containeurs de matériel médical ont été envoyés par HSF pour ensuite être distribués dans les différents postes de santé du département par AHLS. C’est la première fois qu’une action d’une telle envergure est menée au Sénégal et impacte un tel pourcentage de la population. Actuellement, nous sommes en collaboration avec HSF pour un projet similaire pour la Région de Kolda, classée comme la plus pauvre du pays .

Pour vous citer un autre projet, nous avons également ouvert un département ophtalmologique, cette fois, dans un centre de santé au Mali (Nord Ouest). Grâce à cette collaboration, nous avons pu améliorer la prévention et le traitement des maladies ophtalmologique très nombreuses localement. De nombreuses personnes finissaient aveugles à cause de la cataracte, ce qui n’est plus le cas depuis plusieurs décennies en Belgique. Avec ce nouveau cabinet, les personnes peuvent dorénavant être opérées et récupèrent ainsi la vue.

 

Qu’espérez-vous pour l’avenir de votre association et des populations auxquelles vous venez en aide ?

Au sein d’AHLS, nous avons maintenant le désir de passer à la vitesse supérieure en travaillant en collaboration avec « Community life compétences, la Constellation » (ONG fondée par Jean Louis Lamboret, présente dans 53 pays). Nous espérons ainsi pouvoir, à grande échelle, coacher les communautés, stimuler la réponse locale et connecter les réponses locales. Leur expertise et leur réseau, associé au nôtre, nous donneront un effet de levier je l’espère significatif, car il y a urgence au vu de la dégradation rapide des écosystèmes, des conditions de vie dans le Sahel et de la déculturation mondialiste galopante.

Nous sommes persuadés que la clé réside dans la valorisation des savoirs locaux, la responsabilisation et l’autonomisation des communautés ; nous agissons juste comme catalyseur.

Pour le reste, nous n’allons pas apprendre à un africain à cultiver, ni à prendre soin des écosystèmes : ils le font déjà depuis des milliers d’années.