Les femmes, grandes perdantes de l’inégalité d’accès aux soins ?

En l’honneur de la journée mondiale des femmes du 8 mars, nous allons nous intéresser à l’accès aux soins de santé de cette tranche de la population, encore parfois marginalisée. Les femmes ont une espérance de vie plus grande que celle des hommes. En moyenne, elles vivent entre 2 à 4 ans de plus. Néanmoins, elles  sont plus exposées au risque de décès précoce. Comment explique-t-on cela ?

Le suivi de grossesse et l’accouchement, des facteurs déterminants pour la santé des femmes

Durant la grossesse et tout au long de leur vie, les femmes ont besoin d’un suivi médical plus poussé que les hommes. Dans les pays en voie développement, ce suivi représente toutefois un important défi. En effet, l’accès aux soins de santé y est beaucoup plus limité que dans les régions développées. Les soins obstétriques ne font pas exception à ce fait.

Une étude de l’OMS a révélé que dans 90% de ces pays, il y a moins de 4 sages femmes pour 1000 patientes. Ce qui est insuffisant pour assurer des soins de qualité. Outre le manque de personnel, un autre problème est la distance qui sépare la population des centres de santé. Ainsi, une femme ayant perdu les eaux doit parfois à devoir parcourir 2 km à pied avant d’atteindre le premier centre de santé de la région. Cette situation peut entrainer de lourdes conséquences sur la santé de la mère et de son bébé.

Ces inégalités d’accès aux soins touchent plus lourdement l’Afrique Sub-Saharienne. Dans cette région, les femmes sont, à nouveau, plus exposées que les hommes au manque d’accès aux soins. Le risque de décès lors d’un accouchement est 50 fois plus élevé que dans les pays développés. Cela signifie qu’une femme sur 76 décède durant l’accouchement. Plus interpellant encore, on estime que, chaque jour, 830 femmes meurent de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement dans le monde.

Pour répondre à ces problèmes, il est primordial d’assurer de meilleures infrastructures disposant du matériel nécessaire à la bonne prise en charge des patients. Un renforcement des politiques de santé, principalement pour les services obstétriques et les maternités, sont également nécessaires. Sans ces améliorations, les disparités risquent de se creuser davantage dans les prochaines années.

 

Les maladies non transmissibles, un défi de taille

Un autre aspect important de l’accès aux soins de santé des femmes concerne les maladies non transmissibles. Ces dernières, aussi connues sous le nom de maladies chroniques, sont caractérisées par l’OMS comme résultant d’une « combinaison de facteurs génétiques, physiologiques, environnementaux et comportementaux ». Ce type de maladies comprend le diabète, les maladies respiratoires chroniques, le cancer, les maladies cardiovasculaires et bien d’autres.

Aujourd’hui, les maladies non transmissibles sont toujours la plus grande cause de décès dans le monde. Chaque année, ce sont près de 18.9 millions femmes qui perdent la vie à cause d’une maladie non transmissible. Les maladies cardiovasculaires restent les plus meurtrières chez la femme. Cela s’explique par le fait que les recherches sont, la plupart du temps, axées sur les hommes. Ces maladies pouvant se traduire différemment chez un homme et chez une femme, il arrive qu’elles passent inaperçues sur les patientes entraînant parfois des complications voir le décès de ces dernières. De plus, il existe une série de facteurs de risque spécifiques aux femmes, tels que la prééclampsie, le diabète gestationnel ou encore la ménopause les fragilisant encore davantage. Finalement, dans certaines régions, les femmes ont moins accès aux soins de santé que les hommes du aux facteurs culturels, religieux, sociaux ou encore politiques. Ce faisant, elles se retrouvent sans suivi médical et les expose à de plus grands risques de mort précoce.

 

Le manque d’accès aux ressources économique

Dans les pays en voie de développement, les disparités salariales entre hommes et femmes ont tendance à être plus exacerbées que dans le reste du monde. On explique cela par certaines traditions socio-culturelles favorisant l’émancipation et l’éducation des garçons au détriment des filles. En conséquence, les femmes sont souvent relayées à une position inférieure. Ne pouvant ni lire, ni travailler, elles se retrouvent dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins, y compris médicaux.

Cette situation risque d’empirer avec le dérèglement climatique. Ce dernier peut provoquer d’importants changements dans certaines régions du monde rencontrant déjà des conditions climatologiques difficiles. Cela aura pour conséquence d’accroitre les maladies infectieuses telles que le paludisme, le chikungunya et la maladie de Lyme. Les femmes, particulièrement les femmes enceintes, ont plus de risques de souffrir de complications liées à ces maladies.

Outre l’augmentation des maladies infectieuses, on estime également que de nombreux mouvements de populations vont avoir lieu dans les prochaines années. D’après la Banque Mondiale, plus de 216 millions d’individus sont attendus à migrer d’ici l’horizon 2050. Qu’en est-il de l’impact sur la santé des femmes ? Nous avons vu que ces dernières sont déjà fragilisées par le manque d’accès aux ressources économiques. Cela peut se traduire par une incapacité de fuir leur région pour trouver refuge, les laissant tributaire aux évènements climatiques extrêmes. Pour celles qui réussiraient à partir, la situation n’en resterait pas moins incertaine. Comme tous les migrants, les soins de santé deviennent presque complètement inaccessibles, y compris les soins obstétriques. Durant le déplacement, les jeunes filles et les femmes sont également soumises à des risques accrus pour leur vie, comme la traite d’êtres humains et les violences physiques et sexuelles.

 

Quel avenir pour la santé des femmes ?

Nous constatons qu’il est toujours plus compliqué pour les femmes de certaines régions, particulièrement dans les pays en voie de développement, d’accéder aux soins de santé essentiels. Cela se révèle être particulièrement problématique durant la grossesse et l’accouchement. Nous observons également que les femmes sont plus vulnérables aux contextes économiques, socio-culturels et politiques. Cependant, il est important de souligner que d’importants progrès ont déjà été faits en la matière.

Depuis 2000, les décès maternels ont diminué de près d’un tiers dans le monde. l’espérance de vie mondiale a également augmenté, passant de 66.5 à 72 ans entre 2000 et 2016. Ces données sont très positives et montrent une amélioration significative de l’accessibilité et de l’efficacité des soins de santé. Il reste néanmoins encore du chemin à parcourir avant d’arriver à une couverture universelle de soins. Il faudra également se montrer adaptable aux nouveaux défis, comme le dérèglement climatique. il est cependant indéniable que la coopération au développement, des politiques de santé plus poussées et une éducation à la santé des femmes peuvent déjà faire changer les choses.

Lundi 11 mars 2024